Des nouvelles du désert

20 janvier, nous quittons Nouadhibou.

Sur les conseils avisés de Mamina (notre chaleureux accueillant), nous partons à l’Est du pays, rejoindre la région de l’Adrar, en train.

Selon le ministère des affaires étrangères français, la zone est fortement déconseillée aux voyageurs. Cette décision radicale est bien davantage politique que sécuritaire ! Nous nous en rendrons très rapidement compte « sur le terrain », et tous les acteurs locaux (y compris police et gendarmerie) confirmeront. Cette même décision a, pourtant, des conséquences terribles pour la région. En effet, l’Adrar a connu un énorme bon touristique dans les années 90 et 2000, jusqu’en 2008 où tout s’est brusquement arrêté. Dès lors, la population s’est vue arrachée sa principale (et de loin) activité économique.

En Mauritanie, il n’existe qu’un seul train : celui de la SNIM, transportant le minerais de fer des mines de Zouerate jusqu’au port de Nouadhibou. En sens inverse, les hauts wagons poussiéreux sont vides et chacun peut les emprunter gratuitement pour rejoindre l’Est.

À 17 heures, après deux heures d’attente au bord des rails, en plein cagnard, le train arrive dans un énorme fracas. Très vite, tout le monde grimpe comme il peut dans ces wagons : on s’aide de barreaux, on se donne la main, on se réceptionne les uns les autres. Nos compagnons de voyage, cette nuit, sont trois jeunes hommes et Dada, une femme, la quarantaine, transportant toute sa richesse (vêtements, ustensiles de cuisine, nourriture...) pour cause de divorce.

Très vite, la nuit tombe et, dans ce wagon à ciel ouvert, un vent froid et poussiéreux se fait ressentir. Mais le spectacle des étoiles, au-dessus de nos têtes, est magnifique. Je me couche rapidement aux côtés de Dada alors que Mathieu discute avec les trois jeunes hommes, tout en buvant de nombreux thés, préparés sur des braises.

La nuit est courte et entrecoupée par les énormes chocs et vibrations du train. À 5 heures, nous débarquons à la petite ville de Choum, au milieu de rien. Le voyage a duré 12 heures. Pas un chat dans les rues. Nous commençons là notre marche, éclairés par la lune, nous engouffrant seuls sur quelque piste d’un immense désert.

Après une petite heure de marche, la fatigue se fait ressentir. Alors, nous nous couchons à la belle étoile, sous un petit acacia, emmitouflés dans un seul duvet, bras l’un dans l’autre. Ce moment nous parait extraordinaire et un peu fou. Ce repos ne dure qu’une heure, mais qu’il est précieux !

Durant deux jours, nous marchons entre désert et brousse, bornés par une énorme falaise à gauche (belle roche noire aux flancs parfois ensablés) et la « Nationale 1 » à droite (un entremêlement anarchique de cent et cent pistes). Notre décor, alors, est un énorme reg (désert de cailloux et de poussière), parsemé de petites montagnes aux sommets arrondis. Ici, la végétation est pauvre. Seuls de petits acacias et des pousses d’herbes jaunes-rases maillent notre avancée.

Le deuxième jour, à midi, nous nous dirigeons vers des cabanes, au pied d’une grande antenne téléphonique. Nous voulons y demander de l’eau. Surprise : il s’agit d’un poste de gendarmerie ! Les plus surpris, pourtant, sont les gendarmes. Qui sont ces deux français, sans véhicule, débarquant de nul part et inconnus de leurs petits papiers ? Après avoir voulu, à tout prix, nous « coller dans un véhicule », ils nous laissent repartir à pied. Sans nous prévenir, un 4x4 de la gendarmerie nous file pendant 15 km, jusqu’au poste suivant. Mais un 4x4 sur une piste déserte, allant au rythme de deux marcheurs fatigués, ce n’est pas très discret, c’est même plutôt rigolo !

Les deux jours de marche jusqu’à Atar, la capitale régionale, seront agrémentés de nombreux appels téléphoniques des gendarmes.

Une courte halte à l’oasis d’Azougui (à 10 km d’Atar) nous permet de déambuler sous le couvert de hauts palmiers-dattiers et de se faire les mollets sur une immense dune de sable.

27 janvier, nous quittons Atar, direction Chinguetti, plus à l’est. Nos sacs sont lourds de trois jours de vivres et d’eau et Mathieu, depuis la veille, est malade (indigestion, fièvre). À peine sortis de la ville, des gendarmes nous contrôlent. Une fois de plus, ils nous laissent marcher, quoique incrédules sur notre démarche. Une fois de plus, toute la journée, un véhicule 4x4 et deux gendarmes nous suivent dans notre avancée.

D’abord, le paysage n’est pas très joli ; le ciel est tout gris en quittant Atar. Puis, en milieu d’après-midi, nous arrivons à la passe d’Amojar, magnifique passage à flanc de falaise. La montée est raide jusqu’au plateau, où la piste file vers Chinguetti et Ouadane. Là-haut, un poste de gendarmerie est le terminus de notre journée. Il n’est que 16h30 mais, à peine la tente installée, Mathieu s’endort du sommeil du juste.

Que le jour suivant est difficile ! À 14 heures, le thermomètre indique 50 degrés en plein soleil. Nous marchons sur une longue piste rectiligne, sur un terrain plat où seuls quelques arbres et montagnes lointaines attirent nos yeux. Aujourd’hui, notre escorte se compose d’un 4x4, de cinq gendarmes et de deux kalachnikovs... Les deux points positifs à ce « déballage sécuritaire » sont : un ravitaillement facile en eau ; une motivation à avancer (partis pour 30 km, nous en faisons finalement 40). Ce soir-là, les gendarmes bivouaquent à 200 mètres de nous, en pleine brousse. Pour entretenir de « bons liens de voisinage », nous leur offrons 1 kg de dattes. :-)

Le lendemain, enfin, nous arrivons à Chinguetti, 7ème ville sainte de l’Islam, aux portes du désert. L’après-midi, nous rencontrons Mohamed Mamoune, le chamelier qui doit nous mener en 17 jours à Akjoujt, à 240 km de là.

31 janvier, 8 heures, nous chargeons ses deux dromadaires, Raïdeu et Raïcheu, avec 17 jours de nourriture, 80 litres d’eau et nos affaires. Quels beaux animaux, grands et puissants ! Ils sont dociles et se laissent lourdement charger avec, en seule guise de protestation, quelques grognements et relents pestilentiels.

Durant 12 jours, nous marchons au rythme lent des dromadaires. Qu’il est agréable de marcher sans sac à dos ! On profite à 100 % de la marche.

Dès lors, nos journées sont rythmées comme suit.

Durant 12 jours, nous avons côtoyé des paysages fabuleux. Nos pieds ont difficilement avancé dans des dunes de sable fin, aux couleurs changeantes. Les larges pieds des dromadaires ont maladroitement crapahuté sur des pierrailles escarpées. Nos pas ont foulé des kilomètres de brousse, zigzagant entre acacias, cramcram et autres touffes d’herbe piquantes. Et tous avons apprécié l’ombre fraîche des palmiers-dattiers, dans de jolies oasis.

N’étant pas des touristes inactifs, nous avons beaucoup appris aux côtés de Mohamed. Comme les nomades, nous savons désormais faire un petit feu efficace, préparer le thé, le zrigue très désaltérant (lait frais de chèvre avec de l’eau et du sucre), et même le pain cuit dans le sable. Nous avons aussi appris quelques rudiments pour charger et mener un dromadaire.

Mais ce circuit, positif à bien des égards, a eu ses côtés bien négatifs. Le principal est lié à la région traversée. L’Adrar, l’une des plus belles régions de Mauritanie, était très touristique jusqu’en 2008. Toute son économie reposait sur ce tourisme. Mais voilà, il n’y a quasiment plus de touristes en Adrar. Si bien que dès qu’apparaissent des étrangers dans un village, même perdu dans la brousse, les gens (les femmes surtout) n’ont qu’une idée en tête : vendre leur artisanat (souvent de la pacotille en plastique) et demander des « cadoux ». Ainsi, plusieurs de nos bivouacs ont été gâchés par des femmes qui installaient leur « boutique » à un mètre de nous et restaient sans nous parler jusqu’à la tombée de la nuit.

Notre belle méharée se termine brutalement. Le matin du douzième jour, en raccrochant son téléphone, Mohamed nous dit : « C’est mon papa, il est mort. » Quel choc ! Quelle dure nouvelle ! Nous décidons d’arrêter là le circuit, sentant que Mohamed désire ardemment rentrer chez lui. Nous le convainquons alors de nous laisser là, seuls dans la brousse. Nous convainquons également les gendarmes que nous pouvons, sans aucun risque, continuer seuls.

Le 11 février, nous reprenons notre liberté de marcheurs solitaires. Nos sacs sont de nouveau lourds, mais nos têtes légères.

Durant trois jours, nous marchons au cœur d’un immense reg. Haut dans le ciel, un brouillard de sable rend l’atmosphère fantomatique. Nous coupons plein Ouest, toujours tout droit, traversant de petites montagnes.

Le 12 février, nous arrivons à l’un des trois puits de Tabrenkount. Il est assiégé par une soixantaine de dromadaires. Les hommes sont surpris de nous voir débarquer sans voiture, sac au dos. L’un d’eux, Ahmed, nous invite à son campement, dans sa khaima (tente traditionnelle mauritanienne). L’accueil est simple et chaleureux. Nous buvons le thé, le zrigue et le lait de chamelle. A la nuit tombée, Mathieu part avec Ahmed, marchant 10 km en plein désert, à la recherche d’une quarantaine de chèvres perdues. Pendant ce temps, je danse avec les femmes au rythme de la belle musique mauritanienne.

Enfin, le 14 février, nous arrivons fatigués à Akjoujt. La décision est prise : nous rejoindrons Nouakchott, la capitale, de manière motorisée. Les 250 km de goudron, dans un désert plat et quasiment inhabité, seraient trop compliqués logistiquement et trop fatiguant.

Alors que nous traversons un moment de doute et de fatigue, nous rencontrons Lamine Fofana. Ce gendarme, de peuple Soninké, est le chef-adjoint de la brigade d’Akjoujt. Il nous invite chez lui, dans la caserne de la gendarmerie. Nous passons une très agréable soirée en sa compagnie, autour d’un excellent thé. Il nous parle longuement de son pays, nous permettant de le comprendre davantage, et nous remotive en nous décrivant un sud-mauritanien beaucoup plus vert et hospitalier. Cette rencontre fut précieuse.

Le 15 février, nous débarquons à Nouakchott pour un bon repos, après une traversée du désert extraordinaire mais épuisante. La jolie auberge Ménata, en plein cœur du quartier Capital, nous accueille durant 7 jours. Et nous lui faisons ici un peu de pub, car elle fut un très bel endroit de repos et de rencontres.

Commentaires

#0  Posté par momo Et bien les loulous, vous m'épatez,qu'elle aventure!Des paysages,des rencontres, des joies et des difficultés,une expérience unique!
merci pour les superbes photos et les beaux textes qui nous permettent d'imaginer (un peu) votre vie là bas. Bisous et prenez soin de vous.
#1  Posté par ONG Nomades de Mauritanie Nous sommes très heureux que notre ami Mamin vous ait accueillis et que vous poursuiviez votre voyage dans ce magnifique pays que nous aimons et que nous allons retrouver à la fin de ce mois de mars,...mais nous ne le ferons pas à pied !
#2  Posté par Ben+Cel+Léo+Lana J'ai tout lu d'une traite tellement j'étais captivée par votre récit (et les enfants étaient couchés.....) et vos bonheurs et péripéties en tout genre.
J'espère que Mathieu tu t'es bien remis de ton indigestion mais je suis sure que Marie t'as dorloté .....
Bisous de nous tous
Céline
#3  Posté par François Coucou à tous les deux, j'espère que Mathieu va mieux. Sympa le coup du train, et j'ai bien rigolé avec vos rencontres gendarmesques (faites attention quand même, on ne parle pas de pandores pour rien).
En tout cas merci pour vos textes et photos, c'est un sacré bol d'air dans la journée de boulot!!
A bientôt
François
#4  Posté par ErickReiff wh0cd738447 cialis no prescription canada tetracycline 500mg 60 mg of prednisone lisinopril

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