Escale à Nouadhibou

Nouadibhou, première ville mauritanienne. Le Maroc n’était qu’un amuse-gueule, qu’une suite de villes proprettes et d’environnements faciles en comparaison à ces prémices mauritaniennes.

En débarquant à Nouadhibou, ce 2 janvier 2014, nous ne savons pas à quoi nous attendre. Après 60 km de route en plein désert et une négociation houleuse avec un chauffeur de taxi oppressant, nous voilà de nouveau laissés à nous même.

Nous déambulons dans une grande avenue où la circulation est dense et foutraque : vieilles bagnoles, ânes tirant des charrettes, chèvres baladeuses et quelques piétons pressés. Pas de trottoir ici ; seuls le sable, la poussière et les détritus accueillent les semelles de nos sandales. L’air est sec et la température étouffante, en ce milieu de journée. Nous n’avons alors qu’un but : trouver un petit hôtel pour nous poser et, surtout, digérer cette arrivée, comme si le voyage commençait... encore.

Après avoir trouvé notre « bonheur » (expression plus qu’ironique, étant donné le rapport qualité/prix de la « chose »), nous nous lançons à la découverte de cette ville aux cent mille habitants.

Des boutiques de téléphones et de vêtements fashions ; des ateliers de confection de boubou (longue toge blanche ou bleue, souvent brodée, portée par les hommes mauritaniens) ; des coiffeurs ; moult épiceries ; de nombreux vendeurs ambulants de puces et recharges téléphoniques ; des agences bancaires ou assurances ; de multiples gargotes aux entrées sombres. Mais aucun petit café (où il était si bon, au Maroc, de se poser) ; aucun endroit calme, reculé, avec arbres et/ou bancs ; en somme, aucun endroit de replis pour vagabonds. Nous voulons, pourtant, rester là une quinzaine de jours : pour écrire, se reposer et préparer la suite de nos aventures. C’est mal engagé...

Nous poursuivons la visite dans quelques quartiers pauvrets. Là, les maisons laissent place à de piteuses cabanes faites de parpaings, de tôles, de planches... A la nuit tombante, errant sur un grand boulevard (celui des restos chinois et de l’alliance française), un jeune homme nous hèle. Il s’appelle Ousmane ; c’est un pêcheur sénégalais (comme la majorité des pêcheurs ici). Avec lui, nous visitons – pour notre première fois – le port artisanal.

Dans ce port artisanal, cœur économique de la ville, la vie grouille et bouillonne. La pêche, les poissons, les pirogues, les usines de moka et d’huile : voilà ce qui fait vivre Nouadhibou !

Nous piétinons sur un long quai jonché de filets, de brouettes et de poissons morts étendus sur les toiles de jute.

Des étales en bois où seules subsistent des écailles séchées, des petits marchands en tout genre (beignets, sandwichs, fruits, recharges téléphoniques...), des magasins de poissons ou de matériel divers, des réparateurs de moteurs, des vendeurs d’essence : tout attire notre regard curieux.

Des centaines de pirogues sont accostées, en désordre organisé. Leur longueur varie de 5 à 20 mètres, les plus grandes pouvant accueillir jusqu’à trente pêcheurs courageux. Les plus belles de ces pirogues sont sénégalaises : leur carène, en bois, est décorée d’intrigants motifs aux couleurs vives. Les pirogues mauritaniennes, elles, sont en fibre de verre ; seuls leurs feux de position clignotants, constamment allumés, leur donnent quelques originalités.

L’air est moite, la poussière s’agglutine entre la semelle des sandales et nos pieds. Le vent frisquet du soir contraste avec la chaleur étouffante du midi. Ici, nous ne respirons pas un pur air marin, mais l’odeur forte, piquante et âpre que ce port sale et grouillant – où se côtoient poissons, ordures et rats – exhale.

Une humanité bouillonnante circule ici, le long de ces quais et dans les quartiers adjacents. Toutes les couleurs de peau s’y entremêlent. Car Nouadhibou accueille en son sein : des mauritaniens, natifs des bords océaniques ou venus du fond de la brousse ; des travailleurs sénégalais, maliens, ivoiriens, gambiens... rêvant d’Europe ou de repartir au pays ; des investisseurs ou capitaines de pêche étrangers, chinois, grecques ou espagnols, venus profiter des avantages fiscaux de la ville, devenue zone franche en 2013.

Au loin, des silhouettes de hangars barrent l’horizon. Ce sont celles des 35 usines de farine et d’huile de poissons que compte la ville.

Le lendemain, Ousmane nous aide à chercher un logement dans notre budget. Sillonnant la ville à pied et en taxi, il nous dégote une pièce en béton, vide et sans fenêtre. Nous ne sommes pas repoussés par l’idée mais, entre temps, nous avons réussi (enfin) à joindre « notre contact mauritanien » : Mamina Evin, petit-fils d’un breton, membre de l’association Les Nomades de Mauritanie. Avec grande générosité, il nous invite chez lui où sa famille nous attend. Très vite, nous nous sentons adoptés !

Avec eux : nous découvrons le quotidien et le rythme de la vie mauritanienne ; apprécions, plusieurs fois par jour, les trois thés du désert bien plus longs à préparer qu’à déguster ; apprenons les rudiments de l’arabe et du hassanya ; et écoutons Mamina discourir passionnément sur une femme française : Odette du Puigaudeau, une bretonne qui, dans les années 30, réalisa trois grands voyages en Mauritanie, parcourant le désert à pied et en dromadaire, et qui en tira 9 ouvrages (sur ses aventures et la culture maure).

Nos journées suivantes sont rythmées par : de longues ballades au port et sur la plage ; des séances d’écriture et de lecture ; de la pâtisserie bretonne (crêpes et sablés) ; des jeux de français avec les enfants ; des visites d’usines avec Mamina ou son fils aîné de 24 ans, Mohamed. Nous passons, aussi, beaucoup de temps dans la pièce à vivre de la famille, où les conversations s’entremêlent aux sons de la télé et aux cris de Sirka, la petite dernière de 4 ans.

Commentaires

#0  Posté par Jump-man Peut on faire un ptit projet a nouhadibou Peut on investir labas ds la restauration ou en creant une societe de service
Merci

Ajouter un commentaire

Le code HTML est supprimé et les adresses web sont automatiquement transformées.
Veuillez recopier les caractères affichés dans l'image, afin d'empêcher les systèmes automatiques de spammer.